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"Peu à peu, conservée par la mémoire, c’est la chaîne de toutes ces expressions inexactes où ne reste rien de ce que nous avons réellement éprouvé, qui constitue pour nous notre pensée, notre vie, la réalité, et c’est ce mensonge là que ne ferait que reproduire un art soi-disant «vécu», simple comme la vie, sans beauté, double emploi si ennuyeux et si vain de ce que nos yeux voient et de ce que notre intelligence constate qu’on se demande où celui qui s’y livre trouverait l’étincelle joyeuse et motrice, capable de le mettre en train et de le faire avancer dans sa besogne."
Modulation d’Oriane (crayon de papier 2B noir): le rapport à la réalité, vieux problème de la littérature, l’écriture dévorant le réel comme le loup dévore l’agneau… Problème de la mémoire, de la fidélité de la mémoire (il me semble aussi avoir lu quelque chose comme cela dans Le journal de Charlus…). Mais au fond n’est-ce pas simplement le problème de la vie même car qu’est-ce que vivre sinon dévorer le réel, le digérer et par cette opération d’assimilation le faisant nôtre, le changeant en ce vers quoi il tend ? Rien n’est jamais «simple vécu»: nous sommes tous, toujours, des êtres de fiction si ce n'est des fictions d'être.
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